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[Presse] Péniches nouvelle vague
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Vlaljak
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Posté le: Lundi 18 Juin 2007 16:00
Sujet du message: [Presse] Péniches nouvelle vague

Péniches nouvelle vague


Tellement chic. Vivre sur l'eau a longtemps été l'apanage de la bohème. Aujourd'hui, c'est aussi celui des cadres sup, chefs de pub ou financiers. Qui contribuent à l'inflation du coût des péniches. Car à peine débarqués sur les pontons, ces nouveaux mariniers transforment leurs habitacles en lofts flottants. On s'y reçoit entre gens du même quai. Avec l'envie d'en découdre avec les pouvoirs publics pour défendre ses droits. Des bobos sur l'eau, tout simplement

Calfeutrées en contrebas des grandes artères, masquées par des remblais ou nichées au coeur d'îlots insoupçonnés, les berges franciliennes forment un univers protégé. Un ensemble de villages flottants, à l'abri du tumulte. Et à portée de toutes les infrastructures urbaines. Ce havre aux abords des villes agit comme un aimant sur les cadres supérieurs : ils investissent d'anciens bateaux de plaisance convertis en appartements sur l'eau.
Depuis cinq ans, cette nouvelle vague, principalement installée sur la Seine, a pris de l'ampleur. Elle a supplanté les précurseurs, artistes désargentés et marginaux qui avaient trouvé là un refuge aussi exotique qu'accessible. « Une population démerdarde qui n'hésitait pas à braver les interdits. A se brancher sur le réseau d'électricité comme elle pouvait, raconte Eric, un des pionniers, installé pont de Puteaux depuis huit ans. Il y a peu, faute d'eau courante, on filtrait la Seine, on utilisait des groupes électrogènes pour s'éclairer. »

Un temps révolu

Aujourd'hui, les nouveaux Robinson travaillent dans la communication, la publicité ou la finance. Eux ont civilisé ces péninsules. Paris, Ivry-sur-Seine, Charenton-le-Pont (94), l'île Saint-Denis (93), Rueil (92), Bougival et Chatou (78), Argenteuil (95) : ils en ont colonisé les rives, les ont enjolivées. Comme les bobos ont investi l'Est parisien. Un libellé qu'ils récusent, même s'ils en ont tous les atours : socialement favorisés, ils affichent un goût prononcé pour le voisinage solidaire, la convivialité à tout-va, les collectifs de riverains, la défense du patrimoine... Et leur présence est synonyme de flambée des prix.

« L'idée que les bobos font irruption nous fait du tort, estime Tugdual, 43 ans, ancré à Puteaux depuis 2001. Le côté gauche caviar nous nuit. » Issu d'une famille bourgeoise qui le tient pour un fantaisiste, ce gestionnaire d'actifs est pourtant le parfait reflet de la mue sociale à l'oeuvre sur les quais. Fabrice, amarré à Villeneuve-la-Garenne, minimise le phénomène : la Seine-et-Marne compterait moins de nouveaux colons que Paris et les Hauts-de-Seine. Mais sa rive est remplie de « dessinateurs, photographes, gens du spectacle... »

La plupart de ces conquistadors, séduits par le style de vie, sont aussi épris de leurs vaisseaux immobiles. Eric, directeur dans une société de services, quatrième propriétaire d'un bateau années 30, estime oeuvrer à la préservation d'un patrimoine qui a manqué disparaitre. « Dans les années 50, la baisse du trafic a incité l'Etat à se débarrasser des péniches, par peur des bateaux poubelles. Dédommagés, les mariniers ont aussi revendu leur bien en sous-main », rappelle Bernard Kuntz, président de l'association Fauve, qui défend l'habitat sur l'eau. « Nous sommes une part de la mémoire des villes, martèle Eric. En entretenant nos bateaux, nous tirons le patrimoine fluvial vers le haut. »

Les prix aussi

Directrice de Seine Plus, une agence d'entretien des bateaux, Nathalie Desbonnets a flairé le filon : il y a cinq ans, elle s'est spécialisée dans la vente de péniches. Composée de chefs d'entreprise et de professions libérales, sa clientèle est de plus en plus fortunée. Résultat : pour un particulier, attraper dans ses rets une barge à 150 000 est devenu une gageure. A Paris et dans le 92, les départements les plus prisés,
« une péniche achetée 500 000 en 2002 peut facilement se revendre 750 000 », prétend-elle, sans doute tentée de gonfler les ardoises. Dans l'Essonne, il faut débourser 300 000 pour un modèle Freycinet. Du coup, de nombreux particuliers transitent par la Hollande, vivier de chalands vendus 160 000. Sage choix. Car ces coques de métal, véritables gouffres financiers, nécessitent plus d'entretien que la pierre. Et surtout, leur statut est précaire. Le stationnement est sans cesse menacé par Voies navigables de France ( VNF ), tutelle qui dépend du ministère des Transports. Depuis sa création, en 1991, cette autorité scinde les quais en deux camps. D'un côté les résidents légaux qui s'acquittent d'une redevance mensuelle, de 200 à 700, selon la taille du bateau et sa localisation. Une permission éphémère, renouvelable tous les cinq ans. De l'autre, les « illégaux », déboutés pour d'obscures raisons : aucun critère d'attribution clair n'existe. Pourtant, les « illégaux » doivent eux aussi s'acquitter de la redevance. En contrepartie, ils n'ont aucun droit. Sauf celui d'être poursuivis en justice par VNF pour emprise sur le territoire public.

Kafkaïen

Selon les associations, une flotte de 500 péniches est victime de cet arbitraire, sur les 1 300 que compte la région parisienne, la plus pourvue en France. Et la nouvelle loi sur l'eau n'arrange rien. De quoi raviver l'incompréhension des « pénichards » excédés. Des berges, réputées idylliques, monte plus qu'une colère. Un ras-le-bol. Un tsunami citoyen.

Source : nouvelobs.com
Publié par Isabelle Curtet-Poulner, le 14/06/2007

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