A bord de la péniche nommée El Paso et en compagnie de professionnels de la navigation, nous accompagnons nos amis mariniers pour un trajet de Vereux à Bâle en Suisse.

Jeudi 18 Mai 2005

Chargement de 245 Tonnes de blé au silo de Vereux, petit village sur la Saône, situé au PK 297. Départ du bateau en tout début d'après midi, nous ne pouvons pas embarquer tout de suite, nous pensons les rejoindre vers Dole, si tout va bien.

Samedi 20 Mai

Partis de notre lieu de résidence, à 9h15 nous sommes dans la région doloise une bonne heure plus tard, avec un ami qui rentrera avec notre véhicule. A l'écluse de Baverans, nous appelons EL PASO à la VHF, mais il a pris du retard et sort seulement de l'écluse N° 66 « Charles Quint », du canal du Rhône au Rhin, écluse située à la sortie de la ville de Dole. Il arrive un peu énervé, notre Christian, les biefs sont bas (manque d'eau) et sa première écluse du matin était en panne, pour cause d'orage. Mais notre arrivée lui rend le sourire, ils aiment avoir des amis à bord, la vie leur est moins monotone. Nous chargeons les bagages, sortie de Baverans à 11H30. Nous nous installons confortablement et discutons de la pluie et du beau temps, nous prenons des nouvelles de la famille, des amis mariniers, notamment de Guy, à bord du Liberty, qui aux dernières nouvelles remontait à vide le couloir de Donzère-Mondragon sur le Rhône. Puis notre charmante hôtesse prépare le repas de midi tout en surveillant le trajet car son cher pilote va avoir besoin d'elle à la manoeuvre pour la passe de Rochefort sur Nenon.

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Jacques saute sur le quai, Christian lui lance un cordage, et lentement nous passons, Christian est attentif il ne faut pas abîmer les peintures, 40 mètres de ligne droite (longueur du bateau) à faire passer dans un virage serré, c'est du sport pour nous les néophytes, pilotes de petites unités, mais c'est monnaie courante pour les professionnels. Nous sortons au dessus du barrage, il faut accélérer car la turbine tire et nous attire sur le déversoir.

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Christian semble soucieux et soupçonne quelque chose dans l'hélice car le moteur ne réagit pas comme il le voudrait, il bat en arrière, et ouf ! Il reprend le sourire , peut-être est ce encore un sac plastique qui se trouvait au mauvais endroit au mauvais moment.

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Le moteur reprend sa puissance initiale. Nous passons l'écluse d'Audelange, la 64 bis à 13H, nous nous mettons à table avec Cathy, Christian passe le macaron à son épouse et commence de manger quand nous attaquons notre dessert, tout en surveillant du coin de l'oeil la réaction du bateau.

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Nous passons la dernière écluse N° 58 « Rozet Fluans » à 18H45, nous nous arrêtons devant la 58 bis « Routelle » pour la nuit. Commentaires de la journée, pas de pluie, des éclaircies, beaucoup de regards curieux sur les écluses qui posent des questions, « que transportez-vous, où allez-vous? » Je me suis fait une joie de les renseigner, Cathy me disait que je faisais un bon guide , « les gens d'à terre » comme les appellent les mariniers ne connaissent pas beaucoup ce métier et sont toujours surpris de voir encore passer ce genre de bateaux, personnellement moi qui suis éclusière vacataire sur ma chère Saône, j'adore voir naviguer les mariniers, je suis toujours en admiration devant leur savoir-faire, alors quand je suis à bord, je suis comblée. Nous avons rencontrer quelques bateaux de location, sympathiques dans l'ensemble, sauf quand ils essayent de doubler dans un endroit rétréci ,ce qui met notre capitaine légèrement en colère, mais une bonne blague de Jacques et la colère disparaît. J'ai pris quelques photos, mais ça ne rend pas le spectaculaire d'un virage à angle droit comme par exemple à Saint-Vit à la sortie de l'écluse. La péniche sort tout droit, l'avant est tout contre la berge, puis Christian attache une amarre au bollard arrière droit, Cathy braque le macaron pour faire virer l'avant du bateau, Jacques surveille l'arrière pour voir si ça passe et quand la péniche se retrouve dans l'axe du canal le capitaine fait sauter l'amarre et Cathy met les gaz. Le trajet de la journée, départ ce matin de la 69, Bon Repos et arrêt à la 58 Bis, soit 11 écluses, 36 km , 12H15 de navigation et 1H30 de perdu sur le parcours

Dimanche 21 Mai

Couchés hier au soir à 22H30, la pluie est tombée une bonne partie de la nuit, le capitaine met le moteur en route à 7H, première écluse passée sans encombre, 4 km plus loin normalement nous devons passer celle d'Osselles, le bateau est arrêté et je trouve que nous mettons bien longtemps pour rentrer dans cette écluse et pour cause celle-ci est en panne, la porte de gauche est coincée et ne s'ouvre pas. Il est 8H15, coup de téléphone au service navigation, on envoie un éclusier, mais celui-ci ne prend pas son service avant 9H plus le temps de trajet, alors l'équipage prend son mal en patience. Nous sortons à 9H50 de l'écluse avec le soleil.

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Une belle partie de plaisir nous attend encore avec le souterrain de Thoraise où la péniche passe au millimètre près et la sortie est également à angle droit, quelques curieux en ballade admirent la manoeuvre.

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Il est midi et nous ne sommes pas loin de la double écluse de Rancenay, alors nous prenons notre repas avec Christian pendant que Cathy pilote. Nous traversons Besançon,

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le tunnel, vers 14H30, sortie vers 15H, la pluie est de retour et le temps est très bas. Ce tunnel est encore bien en virage pour y rentrer mais le passage est large.

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Une surprise nous attend dans le canal de Roche les Beauprés, l'année passée, Christian nous explique que VNF a sous traité l'entretien des bords du canal par une entreprise privée qui avec une machine a tout haché menu les taillis de la berge, une bonne idée en soi, sauf les rejets dans l'eau et l'El Paso passé peu de temps après ce nettoyage était obligé de s'arrêter tous les 10 mètres car l'hélice était coincée.

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Cette fois encore il met un temps infini pour faire 7 km, il lui faut débrayer sans arrêt. Et nous voilà partis à raconter tous les déboires de la navigation et les aventures tristes ou marrantes des uns et des autres. Le temps passe ainsi entre les blagues, la bonne humeur, les coups de téléphone aux amis, le passage des écluses, la beauté du paysage ...etc. 19H30, arrêt dans les masses de la porte de garde de Deluz. Soit 12H30 de navigation, 11 écluses et 44,55 km. Encore une bonne journée !

Lundi 22 Mai

6H30 Moteur en route ! Sortie de la porte de garde de Deluz, tout le monde sur le pont sauf notre capitaine, pour admirer le village de Laissey, charmant village. Nous passons l'écluse de Laissey à 7H, celle de Douvot nous pose un sérieux problème, une branche dans le gouvernail empêche la péniche d'avancer, le nez est heureusement dans les portes.

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C'est certainement un arbre amené par une crue qui est logé dans le fond de l'eau. Christian et son copain marinier du Baychimo l'avaient signalé à VNF en janvier et février. Comme les portes de l'écluse sont ouvertes, Jacques et Christian halent la péniche à la corde pour la rentrer entièrement dans l'écluse, puis nous procédons au bassinage, une fois celle-ci complètement remplie, le capitaine fait de l'arrière avec son moteur pour essayer de dégager son hélice. Avec de la patience, la manoeuvre réussit et tout se débloque enfin ! Nous arrivons à la 42, à Ougney à 9H. Aujourd'hui le capitaine ne quittera pas le macaron de la journée, car il n'y a pas de parties canalisées, nous sommes directement sur le Doubs, c'est très dangereux, beaucoup de rochers sont invisibles, Christian suit à la lettre les conseils de navigation donnés et écrits par son père, qui a navigué de très nombreuses années sur cette rivière. Cathy ne se sent pas capable de piloter aussi bien, le repas de midi sera vite avalé. Christian pilote debout, il retire son fauteuil pour être plus libre dans ses gestes et intervenir plus rapidement s'il sent un problème. Nous traversons Clerval, le site est très sauvage et nous rappelle le canal des Vosges, le bateau racle souvent le fond, nous n'allons pas vite mais comme il fait très beau, nous faisons les petits biefs à pied. Nous nous arrêtons à 7H45 à L'Isle sur le Doubs, soit plus de 13H de navigation ,46 km et 13 écluses.

Mardi 23 Mai

Un peu de brouillard au lever, mais la perspective d'une belle journée ensoleillée apparaît. Moteur en marche à 6H45, première écluse à 7H. Nous traversons Montbéliard et Christian espère ce soir dormir vers Bourogne qui est la fin du parcours montant. Nos amis Guy et Joëlle, habitant les environs de Belfort, viendront nous rechercher à Bâle et nous reconduirons en Haute-Saône. Eux non plus n'ont jamais eu le privilège de naviguer sur une péniche commerciale, ils possèdent un tout petit bateau transportable, et naviguent beaucoup sur le Doubs et la Saône. Aussi ont-ils décidé de faire un bout de chemin avec nous. Ils ont laissé leur véhicule à une écluse, la 8 en amont et sont venus à pied pour embarquer à Montbéliard. Ils sont ravis de faire partie pour un temps de l'équipage, et comme le soleil est de la partie beaucoup de monde s'arrête pour admirer le bateau et bavarder un instant, le temps de la manoeuvre.

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Nous passons l'écluse 7 à 19H30 et nous nous amarrons au silo de Bourogne, à 20H. Soit pour aujourd'hui 37 km et 20 écluses et 13H15 de pilotage. Guy et Joëlle ayant repris leur auto, nous rejoignent au quai et viennent prendre le repas avec nous, couché à 23h, notre capitaine a eu une journée bien remplie.

Mercredi 25 Mai

Le soleil est déjà bien chaud à 7H ce matin, le moteur tourne depuis 6H3O, et aujourd'hui beaucoup d'écluses manuelles nous attendent puisque nous redescendons la vallée de Valdieu. Nous traversons le bief de partage vers 10H ce matin et attaquons la première écluse descendante à 10H45, la vue est magnifique sur cette échelle d'écluses, nous nous arrêtons 20 minutes à midi pour manger ce qui est rare avec Christian, mais il a calculé qu'on ne pourrait pas arriver à Mulhouse ce soir, et que le dédouanement de sa marchandise à Bâle ne peut se faire avant vendredi, une petite coupure à midi fait du bien à tout le monde.

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Premier tronçon, 13 écluses sur 4 km , puis 10 écluses sur 7 km, les biefs sont un peu plus long et pour Mulhouse il reste 17 écluses sur 20 km. Nous rencontrons beaucoup de monde car le chemin de halage est en macadam, il est envahi par les cyclistes et les rollers, toujours étonnés de voir passer un bateau, alors qu'un canal est quand même fait pour ce genre de transport. Ce canal est quand même très envasé dans certains biefs, et le bateau glisse sur la vase, on croirait qu'on surfe car il devient incontrôlable pendant quelques minutes, qui paraissent bien longues quand on ne tient pas le macaron, de plus l'odeur est infecte, car on remue ces boues qui devraient être évacuées et permettre ainsi à tous les bateaux de transporter un peu plus de fret, ils sont prévus pour en transporter 300 tonnes, alors qu'avec 230 ou 240 T, ils ont toutes les peines du monde.

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Il fait une chaleur d'été, 38 degrés à l'ombre de la marquise (cabine de pilotage), Jacques a marché toute la matinée, il a la marque de bronzage des chaussettes sur les guiboles, on se moque de lui. J'ai aussi marché un peu en fin d'après midi avec Cathy, et nous avons fait du vélo avec Jacques, une bonne dizaine de km en tout.

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Ce soir, nous sommes tous fatigués de la chaleur d'abord, et nos amis eux de leur travail, nous avons fait 32 km et 32 écluses, et demain la météo prévoit la même journée.

Jeudi 26 Mai

Il est 14H45, nous sommes sur le Rhin, le moteur à fond et ça tremble de partout.

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Nous sommes partis ce matin, à 7H, nous avons traversé Mulhouse et sa banlieue vers 12H30 environ c'est la dernière écluse Freycinet, car après, nous sommes dans un grand gabarit jusqu'à Niffer et là c'est un peu comme sur la Seine, beaucoup de gros bateaux, c'est canalisé comme la passe de Donzère mondragon sur le Rhône. Christian prévoit d'arriver vers 17H30 à la frontière à Huningue.

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Bon pronostic Capitaine, nous y arrivons effectivement à 16H30. Après notre amarrage au quai, Christian va au bureau dédouaner son chargement, puis à l'aide de sa grue il déplace sa voiture qui se trouve normalement devant sa cabine de coté quand même pour lui laisser de la visibilité, et la pose délicatement sur le toit du logement à l'arrière de la marquise, nous n'avons plus de pont à passer, et le bateau doit être complètement découvert pour le déchargement. Cathy et moi en profitons pour aller faire quelques courses pour le ravitaillement, quelques bouteilles d'eau minérale sont les bienvenues compte tenu de la chaleur. Puis le bateau repart pour la ville de Bâle distante de quelques kilomètres, amarrés au quai de l'entreprise, nous apprenons que le déchargement se fera à 5H demain matin avec la première équipe. Petite balade digestive le soir le long des entrepôts, c'est assez bruyant car nous sommes sous un pont routier très fréquenté.

Vendredi 27 Mai

Nous avons peu et mal dormi pour cause de chaleur, plus de 40 degrés dans le logement hier au soir, le bruit des camions ne s'est pas interrompu de la nuit, nous sommes dans une zone portuaire avec beaucoup d'usines chimiques et un gros tanker de l'autre coté du Rhin a vidé son chargement un bonne partie de la nuit, d'où ces bruits incessants. Cathy et Christian avec Jacques se sont levés à 5H pour découvrir les écoutilles du bateau, et moi j'ai sursauté dans mon lit au premier coup de godet, n'étant vraiment pas habituée à ce genre de réveil.

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Ça remue beaucoup, Christian pousse sa gueulante quand le godet attrape les bords intérieurs du bateau, et je le comprends c'est lui qui entretient, c'est un bruit infernal, nous avons voulu assister et nous avons compris, le bateau penche à droite puis à gauche suivant le déchargement, c'est impressionnant. 8h45, tout est déchargé, le blé a disparu de la cale, le capitaine nettoie, puis nous nous rendons avec le bateau sur un autre quai pour faire le plein de carburant ,soit 4000 litres. Nous avons la visite à couple d'un petit bateau qui porte le nom de BIBO, notre capitaine les a appelés à la VHF car ce bateau est conçu pour le nettoyage des cales moteur (huiles, vieilles graisses chiffons ...etc.) en Suisse c'est gratuit, si la France pouvait prendre exemple ce serait parfait. Devant nous un tanker finit son déchargement, les conditions de sécurité y sont très sévères, il vient de livrer 2 millions 500000 litres de pétrole. Retour en France de l'autre côté à Huningue, amarrage au quai. Un bon repas froid est avalé vite fait, et nous allons prendre le frais façon de parler sous les grands arbres qui sont un peu plus loin pour y attendre nos amis Guy et Joëlle.

Fin du Voyage

Le voyage est terminé pour nous, El Paso n'ayant pas retrouvé de fret repartira demain matin pour Strasbourg, le capitaine espère un affrètement de Strasbourg à Dombasle son port d'attache. Sinon il rentrera à vide, le coût en sera plus élevé, mais cela arrive souvent. Ensuite ils pensent rester environ 3 semaines dans leur maison, là le capitaine en profite pour effectuer quelques réparations sur son bateau pendant que Cathy s'occupe de sa maison. Un peu de repos leur fera du bien, depuis le mois de janvier le bateau n'a pas arrêté de naviguer, mais les vacances ne doivent pas être trop longues car Cathy déprime si elle ne voit pas le paysage défiler devant ses yeux, quand on est né sur un péniche, loin d'elle on ne vit pas normalement. Nous nous quittons à regret comme d'habitude, le bateau va leur sembler bien vide tout d'un coup, mais nous repartirons encore ensemble c'est promis, Si vous rencontrez un jour l'El Paso sur la rivière, n'hésitez pas à lui faire signe, les mariniers sont sympathiques et croyez moi ils aiment parler de leur travail et ils sont formidables. Merci !

D.V